Un bien hérité que personne n'arrive à vendre. Un ex-conjoint qui refuse de signer. Un coindivisaire qui ne répond plus. La vente d'un bien en indivision est rarement simple, mais la loi prévoit plusieurs chemins, même quand tout le monde n'est pas d'accord. Voici comment avancer concrètement.
Rappel : un indivisaire, c'est chaque propriétaire d'un bien détenu en commun, que ce soit après une succession, un divorce ou un achat à plusieurs.
Le principe : l'accord de tous
Pour vendre un bien détenu en indivision, la règle de base est claire : il faut l'accord unanime de tous les indivisaires (article 815-3 du Code civil). Concrètement, chaque propriétaire doit donner son feu vert à la vente, quelle que soit la taille de sa part.
Cette règle s'applique que vous soyez deux héritiers ou dix, que vous déteniez 10 % ou 90 % du bien. Un seul refus, et la vente classique est bloquée.
C'est précisément ce qui crée la majorité des blocages : un frère qui traîne à signer, un ex-conjoint qui joue la montre, un héritier injoignable. Pour sortir de cette impasse, la loi prévoit des exceptions.
L'exception : vendre à la majorité des 2/3
L'article 815-5-1 du Code civil — le régime de droit commun
Des indivisaires représentant au moins 2/3 des droits indivis peuvent demander au tribunal judiciaire d'autoriser la vente d'un bien indivis, sans l'accord des autres.
Les conditions
- La demande doit être faite par des indivisaires représentant au moins 2/3 des droits
- Le juge vérifie que la vente est conforme à l'intérêt de l'indivision (il n'est pas obligé d'autoriser)
- Les indivisaires minoritaires doivent être notifiés — ils ont un délai pour faire valoir leurs droits
- Un notaire est obligatoirement impliqué dans la procédure
Sortie de l'indivision en Corse (réforme — Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 sur l'indivision)
Le mécanisme dérogatoire corse (loi du 6 mars 2017), qui permettait des ventes et partages à la majorité des deux tiers des droits indivis, est formalisé et sécurisé. La procédure s'aligne désormais sur le régime outre-mer (art. 815-5-1 C. civ.) :
- les indivisaires majoritaires expriment leur intention devant notaire ;
- le notaire dispose d'un mois pour signifier le projet aux autres indivisaires et procéder aux mesures de publicité (JAL, affichage, internet) ;
- les minoritaires ont trois mois pour s'opposer ;
- en cas d'opposition, le tribunal judiciaire contrôle que l'opération ne porte pas une atteinte excessive à leurs droits ;
- sans opposition, la vente ou le partage est régularisé devant notaire et opposable à l'indivisaire non-consentant, à condition que la signification ait été régulière.
L'objectif est de mettre fin aux situations de blocage par inertie ou opposition systématique d'un minoritaire, tout en préservant les droits de celui-ci.
Mise en garde Cette procédure ne s'applique pas en cas de démembrement de propriété (usufruit/nue-propriété) ni si un indivisaire est placé sous tutelle ou curatelle. Dans ces cas, d'autres règles s'appliquent.
Vendre sa quote-part sans vendre le bien entier
Peu de gens le savent, mais chaque indivisaire a le droit de vendre uniquement sa propre quote-part, sans que les autres aient à donner leur accord sur le principe. C'est prévu par l'article 815 du Code civil : nul ne peut être contraint de rester dans l'indivision.
Deux options existent :
- Vendre sa quote-part à un coindivisaire : si un autre indivisaire veut racheter votre part, c'est souvent la solution la plus simple (soulte, acte chez le notaire, sortie propre).
- Vendre sa quote-part à un tiers extérieur : vous pouvez céder votre part à un acquéreur extérieur à la famille. La procédure prévue à l'article 815-14 du Code civil impose de notifier cette intention aux autres indivisaires par acte de commissaire de justice (anciennement huissier). Ils disposent ensuite de 1 mois pour déclarer qu'ils souhaitent exercer leur droit de préemption, puis de 2 mois supplémentaires pour finaliser l'achat.
Cette seconde option est particulièrement utile quand la situation est bloquée et que personne ne veut bouger. Elle permet de sortir de l'indivision sans avoir à convaincre qui que ce soit.
Tips Braxton Indivision La vente de sa quote-part à un tiers est souvent perçue comme un "dernier recours" alors qu'elle est juridiquement prévue depuis toujours. Chez Braxton, nous accompagnons des indivisaires qui veulent sortir rapidement d'une situation bloquée en rachetant leur part, en moyenne, l'opération se boucle entre 3 et 5 mois.
Les étapes de la vente : les spécificités de l'indivision
Quand l'accord est trouvé, la vente suit un parcours classique (estimation, mandat, compromis, acte authentique, répartition du prix). Mais l'indivision ajoute plusieurs points d'attention.
La signature par tous les indivisaires. À chaque étape-clé (mandat, compromis, acte), tous doivent être présents ou représentés. Pour les indivisaires éloignés géographiquement, une procuration notariée règle le problème : elle peut être signée à distance chez un notaire local et transmise au notaire en charge de la vente.
Le cas du mineur indivisaire. Si un enfant mineur fait partie de l'indivision (succession d'un parent, par exemple), la vente nécessite l'autorisation du juge des tutelles ou des deux parents exerçant l'autorité parentale, selon les cas. Cette étape rallonge la procédure de 2 à 3 mois et doit être anticipée.
Le décès d'un indivisaire pendant la procédure. Si un indivisaire décède avant la signature de l'acte, ses héritiers prennent sa place dans l'indivision. La vente est suspendue tant que la succession n'est pas réglée, ce qui peut ajouter plusieurs mois.
La répartition du prix. Le notaire verse à chaque indivisaire sa quote-part, déduction faite des dettes éventuelles (crédit restant dû, charges impayées, indemnité d'occupation due).
Fiscalité de la vente : ce qu'il faut anticiper
Vendre un bien en indivision déclenche deux types d'impôts qu'il faut intégrer au calcul.
L'impôt sur la plus-value immobilière, dû par chaque indivisaire au prorata de sa part. La plus-value est calculée comme pour une vente classique : prix de vente − prix d'acquisition (ou valeur retenue dans la succession) − frais. Deux cas courants d'exonération :
- Résidence principale : exonération totale si le bien est la résidence principale du vendeur au jour de la vente.
- Détention longue : exonération totale après 30 ans de détention (elle devient progressive à partir de 22 ans).
Le droit de partage, dû quand un acte de partage formalise la répartition. Son taux dépend du contexte :
- 1,10 % pour un partage suite à divorce, PACS ou séparation de corps
- 2,5 % pour un partage suite à succession ou indivision d'acquisition
À noter : la qualification fiscale dépend de la rédaction de l'acte notarié. Un acte de partage formel déclenche le droit de partage ; une répartition directe du prix entre indivisaires lors de la vente peut y échapper, selon la pratique de l'étude notariale. Ce point mérite d'être discuté avec votre notaire en amont, l'enjeu peut représenter plusieurs milliers d'euros.
Quelle solution pour votre situation ?
Selon votre configuration, la voie à suivre n'est pas la même :
- Si vous voulez vendre tout le bien et que vous détenez au moins 2/3 des parts, la procédure de l'article 815-5-1 est faite pour vous (notaire + tribunal judiciaire).
- Si vous détenez moins des 2/3 et que vous faites face à un refus, la voie classique est le partage judiciaire devant le tribunal. C'est long (plusieurs années), mais la loi du 7 avril 2026 a mis en place un binôme juge-notaire pour accélérer les dossiers.
- Enfin, si vous voulez simplement sortir vous-même de l'indivision plus rapidement sans voie judiciaire, la cession de votre quote-part reste la voie la plus rapide. Aucun accord des autres n'est requis, seul le droit de préemption s'applique. C'est dans ce cas précis que nous intervenons chez Braxton Indivision : nous rachetons votre part et vous permettons de sortir sans attendre ni négocier avec vos coindivisaires.
Notre article sur la convention d'indivision explique aussi comment organiser une sortie en douceur lorsque la situation le permet.
Les points à retenir
La vente d'un bien en indivision mélange règles juridiques, accords familiaux, timing et fiscalité. Pour avancer sereinement :
- L'accord unanime reste la règle pour vendre le bien entier, mais la majorité des 2/3 permet de débloquer via le tribunal.
- Vendre sa seule quote-part est un droit individuel qui ne nécessite pas l'accord des autres.
- La fiscalité (plus-value et éventuel droit de partage) doit être anticipée dès le début.
Chaque situation a sa solution. L'essentiel est d'identifier laquelle correspond à la vôtre avant de vous engager dans une procédure longue ou un conflit évitable.
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